Quatrièmes entretiens politiques de l’ABDC sur le Bilan du Président Patrice TALON


” Des piqûres d’épines et la promesse des fleurs”

A l’ouverture des travaux

Monsieur le président de l’Association Béninoise de Droit Constitutionnel (ABDC)

Madame la Représentante de la Fondation Hanns Seidel (FHS)

Messieurs les ministres,

Mesdames et Messieurs les députés,

Mesdames et Messieurs les universitaires,

Mesdames et Messieurs

Rien ne vaut l’écoute. Cette sagesse populaire se vérifie davantage quand il s’agit de faire un exercice de synthèse. Il faut écouter et tout écouter. Le commis à cet exercice est donc censé avoir plus d’oreilles que tout le monde. En effet, comme dans tous les cénacles scientifiques où la production de la réflexion est le maître mot, celui qui est préposé à la synthèse des travaux de cette journée sait que son travail exige présence et vigilance. De plus, la richesse des communications et des interventions constituent un défi supplémentaire à celui qui entreprend de restituer les propos des uns et autres. A cette pression, s’ajoute le risque, dans un tel exercice, d’affecter aux propos tenus un sens ou une orientation qui ne correspondrait pas à celle de leurs auteurs. Votre indulgence est donc requise devant les imperfections de ce travail qui pourra être amélioré.

L’ambition, on l’aura compris, n’est donc pas de faire une photographie complète des différentes interventions. Le risque d’infidélité est bien grand. Tout au plus, il s’agira de traquer et d’extirper les trajectoires et jalons des différentes contributions posés et exposés. En d’autres termes, rendre l’environnement proche des travaux, dont l’opportunité et la pertinence sont soulignées et saluées par les différentes interventions.

L’objectif de l’ABDC, en partenariat avec la FHS est de marquer un moment d’arrêt, un an après l’installation du nouveau régime.

Il s’agit, comme l’a dit le Professeur Joël Aïvo, d’ouvrir un débat sur la gouvernance politique du président de la République après 12 mois ; mais le Professeur s’est interrogé sur l’opportunité d’un bilan un an après.

S’il est évident qu’il apparait certainement imprudent de juger l’enfant au berceau, l’enfant d’un an peut déjà esquisser des pas ; si un an n’est pas suffisant pour faire un bilan, il est suffisant pour apprécier les signaux, capter les griffes, déceler la marque du gouvernement ; et le président de la République doit être intéressé par les ressentiments des béninois, pour réorienter les politiques, les idées, réajuster les actions, a souligné le Professeur Joël Aivo.

Le débat est donc fondamental pour la consolidation des acquis démocratiques, a rappelé Mme Aridja Frank, dans son mot de bienvenue.

De ce débat, contradictoire, des communications et des échanges nourris, vifs, et féconds, on aurait pu dégager le diagnostic et les solutions, les maux et les remèdes, ou encore les positions et les oppositions ; mais nous allons emprunter les mots du Professeur Albert. Tévoédjrè, il y a un peu plus de 27 ans à l’hôtel PLM Alédjo, pour identifier d’abord, les piqures d’épines ressenties après 12 mois de gouvernance du président Talon, et ensuite, la promesse des fleurs.

Les piqures d’épines ressenties

Elles sont ressenties par l’une ou l’autre des tendances. Pour M. Léandre Houngbédji, le pouvoir apparait comme livré à lui-même en raison d’un défaut de socle politique, de racine politique, un constat partagé par le ministre Alexandre Hountondji et le professeur Bio Bigou ; par ailleurs, le gouvernement souffre quelque peu du parcours personnel du chef de l’Etat. A cela, s’ajoutent les décisions de la Cour constitutionnelle à l’encontre du gouvernement, et surtout le rejet du projet de révision de la constitution, un rendez-vous manqué car, a en croire le communicateur, c’est une réforme nécessaire qui comporte de nombreux avantages pour l’Etat béninois.

Cependant, les piqures d’épines sont aussi ressenties par les autres communicateurs et par la plupart des intervenants.

Sur la négligence de la dimension politique et sociale, le constat est plus ou moins unanime. A cela, s’ajoutent le peu d’attention accordé au peuple, le silence coupable des gouvernants qui couve de réels dangers, un projet de révision exclusif des forces sociales, de fortes violations de la Constitution, les conflits d’intérêt érigés en mode de gouvernance, l’adoption de lois liberticides et d’exclusion.

A tout ceci, le Dr Simon Narcisse Tomety ajoutera une litanie des péchés du gouvernement ; le rôle du bâtisseur, disait-il, n’est pas de bâtir ; mais de produire des bâtisseurs.

Entre la rupture et le nouveau départ, un an après, nous en sommes, selon le communicateur, au déguerpissement sauvage voire barbare des populations, au défaut de transparence dans la réalisation des actions, à un système pauvre en gouvernance participative, trop technocratique, et qui n’écoute pas ; Le Bénin est passé d’une gouvernance brouillonne à une gouvernance stressante, avec une humiliation des intellectuels ; une absence de débats idéologiques ; d’une gouvernance hyper-populiste à une gouvernance hyper-élitiste, une hyper-présidentialisation avec une humiliation des pauvres ; la décrédibilisation de la parole présidentielle, un multipartisme à pensée unique ; le favoritisme dans la passation des marchés ; la corruption, l’impunité, une certaine culture du complexe de supériorité du régime actuel, une absence de documents de conceptualisation, un défaut d’éducation civique et citoyenne. M. Ralmeg Gandaho, parlera d’une démocratie personnalisée et non institutionnelle, une approche dommageable de l’Etat-entreprise en relevant lui aussi les failles du programme d’action gouvernementale.

Le plus important en un an, ne serait donc pas les réalisations physiques ; c’est plutôt la construction de vrais citoyens ; c’est la méthode, c’est le discours, c’est la mise en place d’un contrat social auquel les béninois pourront pleinement adhérer.

Cependant, les réalisations physiques peuvent ne pas être vaines. Et, il n’y a pas que des épines. Il y a quelques fleurs qu’il faut nourrir et entretenir.

La promesse des fleurs

Après 12 mois de gouvernance, certaines promesses ont été tenues, d’autres sont engagées. C’est ce qu’a rappelé M. Léandre Houngbédji, en expliquant le sens des actions du gouvernement.

Construire un Etat moderne exige la destruction de certains vestiges du passés, même si c’est douloureux, disait-il. Le communicateur a par ailleurs mis l’accent sur quelques exemples de réalisations positives. On peut retenir, la maîtrise de la situation des besoins énergétiques, la disparition progressive du délestage, ce qui augure une autonomie énergétique à l’horizon 2020.

En un an, au moins 500 km de routes sont lancés, à bitumer ou à réhabiliter (dont la route des pêches), etc. On peut aussi retenir la fin du culte de la personnalité, la ponctualité dans les activités gouvernementales, la fin du rançonnement sur nos routes, une certaine maitrise de la sécurité de la circulation ; la médiation du chef de l’Etat dans la résolution de la crise des protestants, et celle des acteurs du football, etc.

A en croire le communicateur, dans 3 ou 4 ans, les douleurs seront oubliées ; et la réalisation, ne serait-ce qu’a 70% du programme du gouvernement, serait une avancée notable pour le Bénin.

Oui, il y eu des progrès, mais le procès est légitime et le Bénin peut panser ses blessures et penser à une meilleure mise en cadre et une mise en œuvre conséquente des actions. Pour ce faire il faut, entre autres, une politique plus inclusive, participative, une meilleure visibilité et lisibilité des actions, des méthodes adéquates, plus de dialogue, d’humilité, l’acceptation de la critique et de la contradiction, l’éducation et l’encadrement des citoyens, une refonte du système partisan, la restauration de l’autorité morale de l’Etat, etc.

In fine, c’est le Bénin qui compte et il pourra surfer sur la vague de l’océan de compétences qu’il constitue.

Par Thierry S. BIDOUZO

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